Le concept "Une seule santé" est fondé sur le besoin d'une compréhension intégrée de l'écosystème global du Vivant par l'implication de collaboration transdisciplinaire, dont l'objectif final est l'atteinte d'un état de santé optimal pour les Hommes, les animaux et l'environnement.

Cette approche est particulièrement nécessaire dans la perspective des changements agricoles et environnementaux qui apparaissent actuellement rapidement à l’échelle mondiale et dont l’accélération est prévue dans les décennies à venir.

Ces changements créent des pressions sur les systèmes naturels et augmentent les contacts entre les êtres humains et les autres espèces.

Il s’agit de détecter les risques sanitaires pour combattre efficacement leurs dangers  d’une façon globale et non sectorielle. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale, anciennement dénommée : Office International des Epizooties (OIE), 75 % des infections humaines émergentes, comme Ebola, le VIH et la grippe sont d’origine animale.

Ce nouveau paradigme pour gérer la santé et les maladies, appelé initialement l’approche  "One World, One Health / Un monde, une santé" a aussi été porté par d'autres organismes internationaux comme l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agriculture Organization - FAO), d’autres organisations des Nations Unies ainsi que par la Banque Mondiale. Cette nouvelle approche a aussi été adoptée par de nombreux pays comme base de la politique nationale de la santé.

Dans le concept One World, One Health, la prévention, la surveillance, la réponse et la gestion des maladies sont intégrées au sein des services gouvernementaux concernés et des institutions sociales.

                                                                                        Quelques définitions ….

 Qu’est-ce que la santé humaine (OMS 1948) ?

« Un état de bien-être physique, mental et social, et pas simplement l’absence de maladies ou d’infirmités »

Qu’est-ce que la santé animale (ANSES 2018, Mormede et al.2018) ?

« Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal »

Qu’est-ce que la santé environnementale (OMS) en 1994 lors de la conférence d’Helsinki ?

« La santé environnementale (environmental health) comprend les aspects de la santé humaine, y compris la qualité de la vie, qui sont déterminés par les facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, psychosociaux et esthétiques de notre environnement. Elle concerne également la politique et les pratiques de gestion, de résorption, de contrôle et de prévention des facteurs environnementaux susceptibles d’affecter la santé des générations actuelles et futures »

La gestion des maladies et le succès des objectifs de santé doivent être visés en obtenant les informations scientifiques nécessaires et en identifiant des points de contrôle dans tous les secteurs, simultanément.

Cela nécessite un tout nouveau niveau d’échange de l’information, une coordination des politiques et programmes et une gestion collégiale entre les autorités responsables de la santé des animaux domestiques et de la faune sauvage et de la santé publique ainsi que de la santé écologique et de l’environnement.

Quelques exemples

Schéma tiré du rapport : Menaces Pandémiques Émergentes

Les récentes épidémies de maladies infectieuses en Chine, le virus Ebola, la grippe aviaire, le virus Nipah, la fièvre de la Vallée du Rift, le VIH et plusieurs autres agents pathogènes ont tous été liés à des infections transmises par les animaux ; ces zoonoses constituent des menaces dramatiques pour la survie et la santé des populations locales et mondiales.

 

Causes de ces pandémies : de mauvaises rencontres...

Chaque être vivant (comme les civettes, les pangolins, les chauves-souris, les êtres humains, les porcs, les poulets, les plantes..) intègre son propre éco-système avec sa sensibilité et sa résistance spécifique à ses pathogènes.

Or la déforestation, l’exploitation forestière et minière, les changements climatiques et des systèmes de productions industrielles, agricoles et alimentaires, les transports trans-continentaux ainsi que le commerce illégal des animaux sauvages participent à cette "rupture de confinement naturel".

Ces pressions environnementales multiplient donc les opportunités pour les agents pathogènes de se transmettre d’une espèce à l’autre et de créer de nouvelles épidémies tout en réduisant la biodiversité.

 

Les animaux peuvent également être victimes d’épidémies : le virus Ebola en Afrique Centrale a fait de nombreuses victimes parmi les êtres humains comme au sein des populations de primates en voie d’extinction; les animaux domestiques, ne sont pas épargnés : le virus de la grippe aviaire de type virus grippal, H5N1, asymptomatique chez les oiseaux sauvages présente une mortalité élevé chez les poulets et les dindes ; il peut se transmettre à des mammifères comme les porcs et les humains.

 

La production de nourriture et la sécurité alimentaire peuvent aussi être impactées ; le virus de la tomate, piment et poivron, tomato brown rugose fruit virus, ou ToBRFV détecté en 2014 en Israel a touché le Finistère en 2020 après une dissémination mal contrôlée en 2018 au Mexique et aux Etats Unis, fin 2018, dans le sud de la France et début 2019, en Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie allemande et en Italie (Sicile).

Description de cette image, également commentée ci-après

Chaque année, 3 à 4 nouvelles espèces d’insectes sont détectées en France et plus de 20 espèces en Europe. En exemple, le charançon rouge des palmiers Rhynchophorus ferrugineus qui est un coléoptère, insecte ravageur et nommé "le tueur de palmiers". Originaire d’Asie du Sud et du Sud-Est, il est présent dans plus de 60 pays où il menace les palmiers dattiers, les palmiers d'ornement, ainsi que les cocotiers.

 

Ces épidémies ou pandémies zoonotiques ont donc généralement été déclenchées par des activités humaines ayant provoqué des changements majeurs dans les écosystèmes et qui ont augmenté les contacts entre les êtres humains et les animaux

 

Conséquences humaines et économiques

Hormis les terribles pertes humaines, animales et végétales, le développement socio-économique des pays est aussi grandement affecté (réduction du Produit Intérieur Brut (PIB), perturbation des progrès accomplis dans d’autres secteurs comme l’éducation, la vaccination, la gestion et le traitement d’autres maladies, la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté, la production agricole..).

Les différences entre ces maladies dites "émergentes" et les maladies "établies" ne sont pas statiques ; une maladie ayant émergé relativement récemment peut rapidement s’établir dans les populations humaines, comme l’a prouvé le VIH. La récente diffusion du virus Zika à travers le continent américain confirme aussi la possibilité pour les maladies émergentes d’avoir un impact rapide à l’échelle nationale.

Les systèmes sanitaires opèrent de manière réactive aux maladies émergentes en identifiant et en répondant au risque sanitaire une fois que l’épidémie se produit.

Les failles dans les systèmes de gouvernance et les faibles capacités institutionnelles limitent à l’heure actuelle les actions menées pour prévenir la transmission des pathogènes entre les êtres humains, les animaux domestiques et la faune sauvage.

Chaque discipline ne répond généralement qu’au moment où ses experts identifient une épidémie, et ce,  dans chacun de leur domaine.

Les institutions expertes dans les secteurs de la santé publique, des sciences vétérinaires, agricoles et environnementales, en comprenant d'une façon plus large, plus partagée et donc plus pertinente, l'origine et la transmission des maladies, pourraient identifier des solutions plus efficaces, avec un meilleur rapport coûts-efficacité qu'avec des opérations menées individuellement par chacun des secteurs.

Prévenir les crises sanitaires par l'acquisition de "réflexe" commun, spécifique et intégré de chaque strate de la population, de l'infra local, au régional, puis au national et international pourrait être une stratégie efficiente pour ces nouveaux enjeux sanitaires.

 

Lutter en décloisonnant et en favorisant les échanges interdisciplinaires

 

Le concept Une Seule Santé a reçu un appui exprimé depuis le plus haut niveau, par les autorités sanitaires, précédemment citées (OMS, OIE, FAO, Banque mondiale, gouvernements...) et par la communauté scientifiques ; de nombreux rapports et conférences l'attestent.

Sa mise en œuvre sur le terrain reste limitée en raison de la vaste gamme de priorités qui concurrencent l’initiative.

La création de HANNAH une seule santé répond parfaitement à ce besoin de « décloisonnement » des disciplines par une approche non seulement intégrative et généraliste mais aussi et surtout concrète auprès des acteurs de terrain, que les sociétés savantes et institutionnelles peinent à toucher.